Taipei | Maison de thé Wistaria 紫藤廬

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Taipei | Maison de thé Wistaria 紫藤廬
17th octobre 2019 MCT
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Da’an. Le Wistaria s’apparente à n’importe quel café urbain de haute tenue. On s’y rend sans façons entre amis, en famille, en business, pour un thé ou un repas. En réalité, on y vient surtout en bonne compagnie pour apprécier de fines saveurs dans ce qui fut dans les années 1950 un repaire de réformateurs et d’intellectuels animés par le désir d’un monde meilleur.

Entre tatami et mobilier chinois, une auberge typiquement taiwanaise

Samedi après-midi. Je découvre une maison de thé typiquement taïwanaise, avec une pièce à la japonaise, et une autre en mobilier chinois. Deux de mes camarades de thé, déjà arrivés, se sont installés dans la pièce à tatamis. Déchaussés et agenouillés autour de la table basse, nous voilà tous à la même hauteur. Se dérober du mieux possible à l’inconfort d’une telle position crée une certaine égalité parmi les convives !

 

 

La carte des thés propose des oolongs les plus classiques, ainsi que des grands crus et des thés glacés. Un tel assortiment plonge chacun dans une hésitation silencieuse. Nos variations de postures trahissent excitation retenue et embarras réflexif. On passe la commande ; soulagement des jambes au moment où notre préparatrice se relève et se dirige vers la cuisine.

L’eau de l’infusion provient du village montagneux de Wulai (烏來), près de Taipei, réputée pour sa douceur, sa finesse cristalline et ses qualités revigorantes, nous indique t-elle en s’inclinant légèrement en guise de remerciement.

On se réjouit par avance de la délicatesse des saveurs à venir ; les mollets se glissent sous les genoux. Note pour soi-même : une prochaine fois, venir avec des amis qui préfèreront d’emblée la salle d’à côté où bras et guiboles reposeront à leur aise sur le mobilier chinois.

 

Bai Hao Oolong, Oriental Beauty (Dong Fang Mei Ren) 白毫烏龍, 東方美人

Je choisis un Bai Hao Oolong Oriental Beauty, à la robe claire. Chaque dégustation de ce thé agit pour moi comme une surprise. Je guette ce moment où la douceur mielleuse de sa senteur et de sa saveur rencontre ses notes florales de plus en plus affirmées au fil des infusions. Pour certains, sa saveur évoque celle d’un réglisse qui persiste et appelle à étancher la soif par d’autres moyens.

 

 

Le début de soirée amène son flot de ‘dînent-tôt’. Les saveurs des tables voisines, tantôt salées, tantôt sucrées, nous rappellent à nos obligations respectives. Il est temps de prendre congé.

Le Wistaria, d’aujourd’hui et d’hier

A l’extérieur, arbres et arbustes entourent un bassin où s’ébrouent des poissons rouges et or tachetés de noir. De la porte de l’auberge, un chemin de pierres me fait traverser un petit jardin de glycines. Longer ce passage revient à remonter le temps.

En 1997, le Wistaria est classé parmi les sites historiques de Taipei, une manière de célébrer cet espace dédié à la Voie du thé. Cette reconnaissance est l’œuvre de Zhou Yu (周渝, 1942 -), qui en 1981 inaugure la maison de thé. Il reprenait ainsi possession de ce que fut dans les années 1950 la résidence de son père, l’économiste Zhou Dewei (周德偉, 1902 – 1986).

 

Zhou Dewei, du Hunan à Taiwan

Zhou Dewei est formé au Hunan puis à l’Université de Pékin dès 1920 en philosophie puis en économie. Sous le régime des Seigneurs de la guerre (1913 – 1928) tenu par Yuan Shikai (1859 – 1916), il découvre le marxisme, le communisme, le constitutionnalisme… toutes ces notions occidentales qui insufflent l’Asie d’un vent de modernité dès la deuxième partie du 19e siècle.

En 1928, Zhou rejoint le Kuomintang. L’obtention d’une bourse d’études le mène à la London School of Economics en 1933, puis à Berlin, où il suit et parfait son enseignement de Friedrich Hayek (1899 – 1992). De retour dans son Hunan natal, il en traduit les œuvres et diffuse ses théories : libéralisme, démocratie, état de droit, droits de l’homme, capitalisme de marché…

En 1950, un an après son arrivée à Taiwan, tout en enseignant à l’université, il est rattaché au Ministère des Finances et devient Directeur des Douanes. Jusqu’en 1958, il est en charge du programme de réformes du commerce et des changes. Sa retraite en 1969 précèdera d’à peine quelques années son départ pour les Etats-Unis en 1975.

Tout au long des années 1950, son logement de fonction, le Wistaria, aura été le lieu de ralliement des adeptes de la pensée libérale et des idées de Hayek. Malgré la loi martiale instaurée par Tchang Kai-chek et la période de la Terreur blanche (1949 – 1987) qui s’ensuit, ces réunions rassemblent de nombreux intellectuels, dont Yin Haiguang (殷海光, 1919-1969). La résidence de cet auteur et philosophe, originaire du Hubei, constitue également une visite de choix à proximité du Wistaria.

 

 

Pourquoi le Wistaria ?

  • L’indéniable qualité des thés
  • Le réalisateur Ang Lee y a tourné Salé, Sucré (1994)
  • La proximité de la résidence de Yin Haiguang. En 2018, une pétition circulait appelant à la préservation de celle de Yu Dawei (俞大維, Zhejiang, 1897 – 1993), située n°4 Wenzhou Street, lane 22, Ministre de la Défense, puis des Transports et Communication.

Informations pratiques

. Adresse. 16 Xinsheng South Road, Section 3, Lane 16, n°1. Da’an district. Taipei, Taiwan 106

. Accès en MRT. Station Taipower, sortie 2. Station Da’an Park, sortie 2.

. Horaires. Tous les jours. Thé de 10h à 22h. Déjeuner de 11h30 à 14h. Dîner de 17h30 à 20h.

. Réservations. T. : +886 2 2363 7375. E. : +886 2 2363 7375

. Prix. Compter environ 10€ pour un oolong classique, 18-20€ pour un grand cru. Menu sur leur site

. Service en chinois, menu chinois – anglais – japonais.