Okakura Kazuokô | Le livre du thé

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Okakura Kazuokô | Le livre du thé
14th octobre 2020 MCT

Opuscule esthétique de l’art du thé japonais

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A la parution du Livre du thé en 1906, OKAKURA Kakuzô a définitivement quitté le Japon et est installé depuis deux ans aux Etats-Unis. Cet essai qu’il rédige à 42 ans directement en anglais se destine à un public occidental.

A la fois plaidoyer de l’entente des peuples autour du thé et opuscule esthétique, ce recueil majeur du chado (la voie du thé) expose sa vision intime et spirituelle des facettes de cet art. Le théisme procède d’une esthétique et d’un idéal de vie qui se mettent bel et bien en pratique.

Diplomatie du thé

Apprécié tant dans les plus modestes demeures d’Asie que dans les salons et cafés d’Europe, le thé semble tout indiqué pour ouvrir un espace d’échanges pacifié entre des peuples aux civilisations lointaines.

« Les malentendus mutuels entre les deux mondes, le Nouveau et l’Ancien, n’ont-ils pas déjà causé tant de mal ? Contribuer – fût-ce sous la forme d’une obole – au progrès d’une meilleure compréhension n’exige, ce me semble, aucune justification », plaide t-il.

Alors que de multiples conflits, tensions et préjugés entre nations marquent le début du 20e siècle, OKAKURA Kakuzô prône à sa manière une « diplomatie du thé », qui deviendra l’un des fers de lance de certaines écoles de thé japonaises.

« L’humanité, chose curieuse, s’est toujours retrouvée autour d’une tasse de thé. Voilà bien le seul rituel asiatique qui emporte l’adhésion universelle », remarque le théiste.

L’essence taoïste et zen du chanoyu

Ces considérations historiques posées, OKAKURA Kakuzô immerge le lecteur dans ce qui constitue l’essence du chanoyu (ou l’art du thé japonais).

L’auteur établit le théisme comme l’expression quotidienne du taoïsme, en nous rappelant au passage l’importance du bouddhisme indien parmi les principes spirituels et philosophiques qui façonnent le chan (zen, en japonais).

« Le théisme était un taoïsme déguisé. […] Au fond l‘idéal du thé est l’aboutissement même de cette conception zen : la grandeur réside dans les plus menus faits de la vie. Le taoïsme a fourni les fondements d’un idéal esthétique, le zen les a mis en pratique », souligne t-il.

L’architecture des chambres de thé

En traversant la frontière chinoise au 12e siècle, le bouddhisme chan se développe au Japon suivant un cheminement qui lui est propre, et imprègne l’expérience du thé de manière holistique.

Ainsi, l’architecture boisée des chambres de thé (suki-ya) semble conçue pour l’éphémérité. En réalité, elle se soumet à des croyances anciennes d’hygiène et de pureté, tel le rite qui dicte depuis l’an 690 de reconstruire à l’identique tous les vingt ans le grand sanctuaire shinto d’Ise dédié à la déesse du Soleil.

Aménagement intérieur

L’aménagement intérieur des chambres à thé, également dénommées « Maison de la Fantaisie », « Maison de la Vacuité » ou « Maison de l’Asymétrie », se conforme à des critères esthétiques de goût personnel, de simplicité, d’imperfection :

« qui irait nettoyer les gouttes d’eau coulant d’un vase quand elles peuvent évoquer la rosée ou la fraîcheur ? ».

La Voie des Fleurs, Ikebana

La Voie des Fleurs, discipline née au 15e siècle et contemporaine de la Voie du Thé, concourt aussi à l’harmonie de toute cérémonie.

OKAKURA Kakuzô évoque brièvement les trois principes majeurs qui guident l’arrangement floral chez les maîtres d’ikebana du 17e siècle : le principe directeur (le Ciel), le principe subordonné (la Terre), le principe médiateur (l’homme).

Les écoles d’arrangement floral se rapprochent soit du courant formaliste proche des peintres de l’école Kanô, soit d’une orientation réaliste dont les estampes ukiyo-e constituent l’école picturale de prédilection.

Les Maîtres de thé

Enfin, la quintessence de cet art s’incarne dans la personnalité des Maîtres de thé :

« En toutes circonstances, ils avaient le souci de préserver leur sérénité et à mener la conversation de façon à ne jamais rompre l’harmonie de l’environnement ».

L’expérience ultime de Sen no Rikyū (1522-1591) suite à la sentence de Hideyoshi en témoigne ; la solennité et l’émotion de son dernier thé affleurent à travers les lignes de Okakura.

Sen Soshitsu XV

La portée moderne du Livre de thé est rappelée par Sen Soshitsu XV (1923 – ), 15e maître de thé de la famille Urasenke, qui rédige en 1989 les préface et postface de l’édition Picquier.

Au-delà de la vie de OKAKURA Kakuzô, fortement influencée par sa maîtrise précoce de l’anglais, son érudition classique chinoise et sa connaissance intime de l’art du thé, Sen Sohitshu XV évoque son propre cheminement vers la Voie du thé et partage sa manière de mettre en application les principes d’harmonie, respect, pureté, sérénité du chado.

Notre recommandation évidente : ce recueil se destine à tous celles et ceux qui veulent s’initier au chanoyu ou renouer avec les principes qui guident sa pratique.

Le Livre du Thé, OKAKURA Kakuzô.