Marseille, Palais Longchamp | Teavora

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Marseille, Palais Longchamp | Teavora
02/09/2021 MCT
Teavora_terrasse

« Jardins de Mogador » : tel est le nom d’un thé à la menthe, élixir à rêveries, que j’ai choisi parmi les quatre-vingt-trois saveurs sur la carte de Teavora. L’instant passé dans ce salon de thé laisse inextinguible l’attraction pour deux sites à visiter, éthérés et irréels d’ici la promesse de nouvelles escapades.

A quelques foulées, un palais marseillais dont le nom consacre les grands espaces pour les uns, un mélange d’élégance sauvage et de liberté domptée ou désaxée pour les autres, le Palais Longchamp.

Là-bas, au loin, un port légendaire du Maroc face à l’Atlantique, l’effervescente Mogador.

Boudoir à fantasmes, antichambre dédiée à la contemplation. Trait d’union entre dégustation et imagination, chez Teavora, on vogue entre effluves de thés, souvenirs de littérature, et cartes postales d’un palace de panache.

Inspiration mogadorienne

Lorsque sur France Culture en 2012, l’homme de lettres Abdelwahab Meddeb (1946 – 2014) rend compte du Mogador telle qu’elle transparaît à travers l’œuvre d’Alberto Ruy-Sánchez (1951 – ), écrivain mexicain francophone, il dessine ainsi le dédale de cette ville mythique : « traversée de[s] médinas, de[s] labyrinthes, [ce] jeu de ténèbres, de lumière, de déroute, de perte », « difficulté à se retrouver dans un labyrinthe, des culs de sac, des rues qui communiquent, […] qui n’aboutissent pas », « une entrée à partir d’une porte anodine qui donne sur un patio, un deuxième et un troisième ».

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Médina d’Essaouira (ancienne Mogador), site classé à l’UNESCO, © Editions Gelbart

 

Seuls les connaisseurs et habitués de Teavora reconnaîtront là le dessein de ses alcôves intérieures. Patio et cabanons à sable demeurent invisibles à l’invité que l’on reçoit dans la fraîcheur de l’entrée, inspirée de ces sqifa, vestibules d’accueil des maisons de casbah. Indécelables et insoupçonnables depuis l’ordinaire terrasse citadine de teck installée sur le boulevard.

Pétulance du Palais Longchamp

Symbole d’abondance et de fertilité, la pétulance du Palais Longchamp paraît intimidante : palais-château d’eau puisant dans la Durance, musée des beaux-arts, muséum d’histoire naturelle, observatoire, parc zoologique, espaces verts aux arbres bicentenaires, jardins botaniques…

Cette soif de vivre semble conjurer les vicissitudes dues au manque d’eau permanent constaté à partir du XVIe siècle, suivies des inondations de 1834 – 1835. Ces souvenirs sombrent définitivement dans les oubliettes de l’histoire de la ville dès qu’est prise en 1839 la décision de construire le canal de Marseille et le château d’eau.

Comme pour honorer un tel chatoiement, la carte teavorienne nous guide à travers les six couleurs de thé, du Moyen vers l’Extrême-Orient.

Patio ou cabanons à sable

Il convient de se laisser entraîner dans le dépaysement des atmosphères multiples de ce salon de thé. Choisirez-vous l’un des cabanons individuels que l’on rejoint pieds nus dans le sable chaud ? Débordent quelques rires et chuchotis d’un déjeuner entre copines, les chevilles ensablées comme au bled.

 

Teavora_cabanon_entree

 

Quid du patio tout de charme, de couleurs, de quiétude où se retrouvent trois amis autour d’un classique menu à trois temps, plus tard rejoints par un visiteur solitaire de passage ?

Au jeu du troc de l’imagination, l’un ou l’autre possède le pouvoir de faire perdre le fil du temps, tel le roulis d’un ferry d’autrefois voguant au départ de Sète, d’Ajaccio ou de Marseille. Avec en prime, l’accueil avenant de la maîtresse de maison qui ajoute à la douceur du voyage.

 

Teavora_patio

« Jardins de Mogador » : saveurs harmonieuses d’une rencontre heureuse

Le mirage de cet intervalle suspendu me laisse dériver vers la langueur du thé à la menthe, délaissant les parfumés et d’origine… Sri Lanka, Inde, Chine, Taïwan, Japon, chaque voyage en son temps, m’entends-je murmurer.

En réalité, ces « Jardins de Mogador » entrelace un thé vert Sencha (Japon) et un thé vert Gunpowder (Chine, puis Taïwan), le tout aromatisé à la menthe nanah du Maroc.

Une telle harmonie résonne d’une rencontre heureuse. L’effluve délicate de la rose émerge parmi les notes poivrées effilées, avec la légèreté gracieuse des avant-dernières touches d’un piano. Le parfum des pétales ondule au-dessus de la robe orangée. Le thé est brûlant.

Cette plénitude, une éternité.

 

Teavora_jardins_mogador_salade_fruits

 

Notes

(1) Le mythe de Mogador, Cultures d’Islam. France Culture. 19 octobre 2012.

Pourquoi Teavora ?

. La variété de 83 thés et un menu pour chaque repas de la journée, trois atmosphères, hôte et hôtesse avenants… comment ne pas acquiescer quand tout incite au voyage ?

. Une oasis de thés qui garde son charme sans se laisser dominer par les immeubles haussmanniens qui bordent ce grand axe résidentiel.

. Une halte idéale après ou avant la visite du Palais Longchamp.

Informations pratiques

. Adresse. 65 boulevard Longchamp, 13001 Marseille.

. Accès. Tramway T2 National | Métro M1 Réformés Canebière | Bus 33, 34, 49 Réformés Canebière

. Prix des thés. Entre 3.60€ et 4€

. Horaires. Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 15h, puis de 18h à 23h. Samedi : 17h – 23h. Fermé dimanche et lundi

. Téléphone. 04 91 95 73 90

. Plus d’infos sur le site web de Teavora